Trois
artistes finlandais à l'USINE
Hannele Rantala
installation
(26/03 - 09/05/2004)
La première fois
Dans la pénombre l'être humain se trouve devant le seuil
du chaos et des ténèbres, pour ainsi dire hors de la
portée de la lumière et de la maîtrise. La
pénombre constitue l'espace limitrophe entre l'imaginaire et le
matérialisé, l'aire vague entre la pertinence et
l'insignifiance, aux confins du rêve et de l'éveil. Les
caves comptent parmi ces lieux des ténèbres. Elles ne
font plus partie de la terre, sans entrer vraiment dans le domaine de
l'habitable, elles ne sont ni obscures ni claires; c'est là le
terrain
même de l'imagination.
A l'instar de la pénombre, la peau humaine constitue une limite,
une espèce de voile entre les sens et les objets sensibles. Un
tissu
fin qui distingue les espaces extérieur et intérieur. Les
transformations de la substance organique, évolutions invisibles
sous-cutanées, deviennent visibles dans une ecchymose : les tons
visqueux de la décomposition, violets ou bleus, verts ou jaunes,
se transparaissent au travers de la peau.
La vapeur, l'air humide, est dans un état de changement continu
: ce qui s'évapore ou qui se condense sous la chaleur, dans le
froid se cristallise pour devenir neige. L'eau, qu'elle soit en
évaporation ou en condensation, est inaccessible, en mouvement.
La substance a fusionné avec son environnement, sans limite
apparente. Quand la vapeur se condense en eau, sa surface reproduit en
reflet l'image fugitive du monde concret. Dans la pénombre
l'image disparaît, pour être recomposée avec le
retour de la lumière.
La transformation du temps et de la matière est également
observable dans le sable. La pierre, toute fine moulue, le sera encore
davantage
après chaque empreinte qui s'y pose. A chaque fois qu'il y
laisse
la trace de son pas, le passant porte en avant la transformation en
déplaçant quelque chose de l'ancien lieu vers le nouveau.
A chaque pas, quelque chose se produit pour la première fois,
une limite est franchie, d'une manière irrévocable.
N'empêche que cela se reproduira encore et encore, et toujours
pour une première fois.