La
tradition
du voyage photographique semble remonter à l'expédition
de
Maxime Ducamp, accompagné de Gustave Flaubert, au Moyen Orient
en
1849-1851. Il s'agissait alors, au moyen d'un lourd appareillage
photographique, de réaliser une sorte d'inventaire du patrimoine
de ces pays. L'approche se voulait la plus objective possible, la plus
rigoureuse également. Réalisant, presque en
géomètre, une sorte de quadrillage du paysage, Maxime
Ducamp excluait pratiquement toute présence humaine. Durant le
XIXème siècle, la photographie part à la
conquête du monde qui existera ainsi en images
réalisées par des professionnels et ensuite des amateurs
fortunés.
Au XXème
siècle, de nombreux photographes ont sillonné le monde
pour témoigner de son état, des réalités
sociales en crise (Walker Evans,
Dorothea Lange, … aux Etats-Unis dans les années trente), de la
complexité
de l'humanité dans un environnement urbain "en décalage"
(Robert
Frank dans les années cinquante) ou, plus près de nous,
le
Français Bernard Plossu dont la photographie se nourrit pour une
large
part de son histoire personnelle, reflet des aspirations d'une
génération
éprise de liberté. Michel Beine reconnaît ces
références.
Ses photographies nous disent de manière subjective ce qu'il
ressent,
ses émotions face au monde actuel à travers son
étrangeté,
ses crises, ses désordres ou encore ses beautés. Alors
qu'aujourd'hui
tout va de plus en plus vitre, il prend le temps de regarder, de
s'imprégner d'un pays, pour en extraire des images.
Michel Beine est un
homme de voyages, pas du voyage "consommation" mais du voyage
découverte, des autres et de soi-même. Son voyage
intérieur, il l'a entrepris à Moscou en 1995, en Roumanie
et à Cuba ensuite où, comme
il l'écrit: "la photographie représente la
métaphore la plus proche de la situation cubaine : comment
à l'intérieur d'un cadre fixe qui laisse des traces, un
mouvement est perpétué, vivant et continu?". C'est
là comme un credo de sa conception de la photographie.
L'exposition looking
for semble être une sorte d'aboutissement, dans sa
plénitude, de l'idée même du voyage. Dans ce
travail réalisé à Tanger, sur les traces de
l'écrivain américain Paul Bowles, Michel Beine
épure au maximum l'environnement qu'il photographie pour en
extraire l'essence même. Ses images sont davantage des
évocations que de simples illustrations, elles nous cachent en
fait finalement plus que
ce qu'elles nous montrent.
Il parvient avec
raffinement et simplicité à nous transporter, hors de
l'ordinaire du quotidien familier, dans un ailleurs où tout est
possible ou chacun peut y découvrir sa propre histoire ou celle
dont il a peut-être rêvé.
Marc
Vausort,
Conservateur au Musée de la Photographie de Charleroi